Témoins ordinaires

1 L’objet témoin

Elie Odeyer

• La ferme des Grands Bruns

« A Saint-Jean en Royans, à ce moment-là, j’avais été contacté par Louis Bouchier, pour m’occuper du ravitaillement.

Au mois de juillet 43, j’ai fait les battages, et le blé que je battais dans la journée, le soir je récupérais tout ce que je pouvais. On laissait aux paysans ce qu’il fallait pour leurs semences et leurs besoins, le reste était stocké à la ferme, aux Grands Bruns.

J’ai récupéré 300 balles de blé. Il y en avait 200 qui étaient pour le maquis, et 100 autres qu’on avait conservés, pour les habitants de Saint-Jean, et de Saint-Laurent. Donc, ces balles étaient aux Grands Bruns, et un jour celui qui s’occupait du ravitaillement avec Bouchier a voulu rejoindre la Gestapo à Lyon. Alors, Bouchier, me dit :

 » Il faut faire disparaitre tout le stock Déménager 300 balles de blé, ça se fait pas comme ça, heureusement que tous les voisins d’à côté sont venus avec leur charrette, et on les a chargées. Pendant ce temps Loulou, je dis toujours Loulou parce qu’on était réellement comme deux frères, c’est lui qui m’avait donné le casque en cuir, est parti en voiture du Vercors à Lyon. Et quand le gars T… qui nous aurait sûrement dénoncés est descendu du train, Loulou l’a chopé et l’a ramené à St Jean.

A leur retour, on m’envoie une estafette « On a récupéré T…, ne bouges rien ». On avait travaillé pour des prunes, mais j’étais un peu heureux, parce que s’il nous avait donnés, ma famille, et tous les autres, on était foutu… ».

Couvre-chef en cuir récupéré dans des containers, lors d’un parachutage par les avions anglais ou américains.